• Justine Henry

Géomatique et inégalité d’accès aux soins : un mariage à consolider !

Quand nous parlons d’inégalités d’accès aux soins, de quoi parlons-nous exactement ?

  • De quel(s) soin(s) parle-t-on ? — Urgences, premier recours, second recours, etc ?

  • De quel accès parle-t-on ? — Spatial/géographique, temporel (délai de rdv), droit social (CMU/ALD, etc), financier (secteur 1/2) ?

  • De quelles inégalités parle-t-on ?


Des travaux pour définir, quantifier et approcher géographiquement les inégalité d’accès aux soins sur le territoire français ont été initiés, en voici un extrait.


La création de l’indicateur APL par la DREES et l'Irdes et la défi

Cet indicateur APL (accessibilité potentielle localisée) permet de « mesurer » et comparer les territoires en terme d’offre et demande de soins (cf p21 rapport DREES : « Déserts médicaux : comment les définir ? Comment les mesurer ? » — Cliquez ici pour le consulter)

L’indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL) recouvre 3 dimensions :

  1.  l’activité de chaque praticien, mesurée par le nombre de ses consultations ou de ses visites,

  2. le temps d’accès au praticien ;

  3. le recours aux soins des habitants par classe d’âge pour tenir compte de leurs besoins différenciés.


Extrait du rapport « Cet indicateur synthétique permet de tenir compte à la fois de la proximité et de la disponibilité des médecins. Il est donc plus fin et plus opérant que les indicateurs traditionnels de densité médicale par bassin de vie ou de temps d’accès au professionnel le plus proche. Il intègre également une estimation de l’activité des médecins ainsi que des besoins en fonction de l’âge de la population locale et permet des variantes tenant compte de l’âge des médecins ou encore de leur secteur de conventionnement. »

Cet indicateur permet sur un territoire donné, d'évaluer l'adéquation de l'offre et de la demande de soins. Il fournit une information claire, facile à interpréter et qui permet de comparer aisément les situations entre les territoires.



Comme tout indicateur, il présente des limites :

  • Exprimé en « nombre annuel de consultations/visites par habitant » cet indicateur laisse penser que la seule prise en compte de la quantité de consultations suffit à évaluer et comparer l’inégalité d’accès aux soins sur le territoire. Or la qualité du soin délivré et l’adéquation entre le besoin exprimé et l’offre disponible est tout aussi importante. Une femme enceinte qui a besoin d’un gynécologue n’a pas besoin d’un oncologue, tout 2 étant « médecin ». Comment approche-t-on et évalue-t-on l’offre et la demande de soins avec ce degré de finesse ?

  • De plus, la gestion des pathologies chroniques mobilisant des équipes de soins pluridisciplinaires est une tendance forte. Elle n’est pas prise en compte dans cette démarche qui approche exclusivement la population de médecins. Peut-on évaluer l’offre de soins d’un territoire en se limitant uniquement aux médecins ? Évidemment non. Pour évaluer l'offre de soins d'un territoire, il est donc nécessaire de calculer les indicateurs de chaque profession de santé et d'analyser l'ensemble du tableau ainsi établi.

  • Le rapport de la DREES précise que :

« L’APL est un indicateur paramétrable (choix des médecins pris en compte, choix des seuils de distance, norme de quantification de l’activité, pondération des patients en fonction de leur âge…). Ces paramètres peuvent modifier assez sensiblement les résultats obtenus. »

Cet indicateur est un outil utile, facilement appropriable par les acteurs, mais qui peut avoir un côté réducteur dans l'approche globale d'un territoire et de son accès aux soins. Il mérite d'être conjugué à d'autres informations complémentaires pour analyser précisément les situations.



La définition de territoire de vie santé par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS)


Jusqu’en janvier 2018, l’identification des zones déficitaires en médecins s’appuyait sur un texte ancien datant de 2011 et portait sur des données de 2008.

Le travail de la DREES en 2017 sur une nouvelle version de l'indicateur APL a permis une réévaluation des territoires à la lumière de cette nouvelle méthodologie traduite dans l’arrêté du 13 novembre 2017. Ce travail permet aux agences régionales de santé (ARS) de mieux identifier les zones caractérisées par une offre de soins insuffisante ou par des difficultés dans l’accès aux soins.


Les objectifs du Ministère de la Santé par l'application de cette nouvelle méthodologie sont de :

  1. établir une définition harmonisée et propsective de la fragilité, partagée par tous les acteurs de la santé ;

  2. concentrer les aides au maintien et à l’installation des médecins sur les territoires les plus en difficultés en termes de démographie médicale pourréduire les inégalités d’accès aux soins ;

  3. favoriser un investissement plus important dans davantage de territoires.


La"définition d’un zonage régional applicable à la profession de médecin, qui concilie l’expression de priorités nationales et régionales" est ainsi permise. Dans cette démarche, chaque ARS a pu, sur la base de cet indicateur socle, tenir compte de dimensions complémentaires telle que le domaine social.


Les territoires de vie-santé, qui constituent la maille territoriale de référence du zonage, sont ainsi définis pour chaque région. Ces territoires sont composés d’un ensemble de communes. L'APL est calculé pour chaque commune puis une moyenne est réalisée pour calculer l'APL du territoire de vie-santé.


Les zones fragiles, sous-dotées en médecin, sont mieux identifiées, ce qui permet entre autre de mieux flécher les aides au maintien et à l’installation des médecins sur les territoires dans le besoin.

Les outils publics de cartographie en santé


CartoSanté par l’ensemble des ARS & l’Assurance Maladie

C@rtoSanté est un outil de représentation cartographique et statistique de données spécifiques aux problématiques d'offre et de demande de soins de premier recours. Les informations liées à 6 professions libérales sont regroupées : médecins généralistes, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, chirurgiens-dentistes, orthophonistes, sages-femmes.

Pour chacune de ces professions, les indicateurs s'articulent autour de 4 thématiques :

  • la consommation de soins,

  • l'offre de soins,

  • l'activité des professionnels de santé

  • et l'accès aux soins. 


L'outil permet ainsi d'obtenir une vision globale de l'offre de soins et des besoins de santé d'une zone géographique en accédant à des données d'activité,  de consommation et de démographie. Il permet également aux professionnels de santé de réaliser des études de marché en vue de leur installation sur le territoire.

L'outil est accessible depuis les sites des ARS, les sites PAPS et sur le portail AtlaSanté : http://cartosante.atlasante.fr.



Santégraphie par l’ARS IDF


Un outil de data visualisation « Territoires et Santé » et de traitement des data sous format cartographie interactive, modulable selon les échelles. Pilotée par le GCS Sesan (IDF), l'outil est développée et améliorée par une démarche incrémentale.


Son objectif : « renforcer l’accès aux données et aux ressources santé ».

Dans une démarche de développement territorial, les enjeux sont divers. L'outil permet de réaliser un « diagnostic santé » en l'étudiant l'état de santé des populations, les milieux et environnements urbains les pratiques et modes de vie et l'offre de soins et médico-sociale


La plateforme SANTEGRAPHIE facilite le travail de collecte des collectivités et de leurs partenaires, prestataires, etc.


C'est l’outil le plus abouti à ce jour mais son usage est restreint à l'ARS IDF : https://santegraphie.fr



Par exemple, le traitement de données de telles données peut permettre de savoir en temps réel, dans tous les hôpitaux, combien de personnes sont en attente aux urgences, en cours de prise en charge, dans les transports pour y être conduit. L’impact d’une intelligence artificielle pour améliorer la répartition et la régulation des urgences en Ile-de-France sur la base d’un tel traitement de données pourrait être énorme !


Quid de l'usage des territoires et de la mobilité des personnes.


Yannick Le Guen, directeur de la stratégie de l’ARS IDF, a tenu des propos de cet ordre à une conférence Paris Dauphine en avril 2018 :

« Nous observons que les gens ne consomment pas majoritairement le soin là ou ils vivent. La mobilité professionnelle encourage à aller consommer du soin près de son lieu de travail. Mais cela ne peut être vrai pour une personne âgée qui a des problèmes de mobilité ! ».

Il pointe du doigt la question de l'usage des territoires par les citoyens et de leur mobilité réelle. Nous analysons l'accès aux soins aujourd'hui en partant du principe qu'un citoyen se soigne dans sa ville, ce qui n'est pas une réalité avérée. Il y a beaucoup à faire pour comprendre les usages, notamment dans un monde où la mobilité est de plus en plus forte et sur de longues distances.


Enfin, vient s'ajouter la brique numérique d'accès aux soins qui au travers de la télémédecine peut apporter une offre de soins sur un territoire sans que celle-ci ne laisse d'empreinte physique sur le territoire.

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